20.10.2007

Chronique d'un entretien d'embauche

Ce matin je vais vous parler de Juliette. Juliette est en quelque sorte mon héroïne, l'héroïne de petites chroniques que j'écris qui sont à chaque fois comme des morceaux choisis de sa vie imaginaire. J'espère que cela vous plaira et je vais entrer tout de suite dans le vif du sujet en vous montrant combien Juliette est farfelue et sa façon de se comporter à un entretien d'embauche:

Juliette

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Inspirer. Expirer. Inspirer. Expirer. Je sens que je vais m’évanouir. C’est ça, je devrais m’évanouir ! Je me réveillerai dans les bras d’un sublime pompier qui me demanderait de devenir sa femme sur le champ. On serait très heureux et hop, adieu les entretiens d’embauche… Quoique. Un pompier ça ne gagne pas très bien sa vie, je serai peut-être obligée de travailler pour nourrir nos quatre enfants. Nos quatre enfants ? Ou lala, ça va vraiment pas bien là. Je voulais dire pour me payer mes sacs Vuitton bien sûr.

- Mlle Le Lys.

Tiens c’est moi ça. Et si je faisais semblant de ne pas l’avoir entendue. J’ai l’impression d’avoir rendez-vous chez le dentiste. Ou pire, chez le psy. Et c’est ça en fait ! Parce que psy du travail ou psy tout court, vous allez pas me faire croire qu’il y a une vraie différence. Il va analyser tout ce que je dis, décortiquer mes moindres propos, j’aurai l’impression de passer un entretien pour un internement en hôpital psychiatrique. Quelle idée de demander à des psy de faire du recrutement, on aura tout vu !

- Mlle Le Lys Juliette !

- Oui, oui c’est moi.

Pas la peine de crier je ne suis pas sourde. Quelle pimbêche celle-là. Heureusement j’ai mis mon jolie haut Lacroix et ma jupe très mini. Psy ou pas, le charme, y’a que ça de vrai !

L’aimable secrétaire me fait signe d’entrer dans le bureau à la porte bleu. Cette fois j’ai l’impression de replonger dans mes années lycée et d’être convoquée chez Monsieur le Directeur. Je prends mon courage à deux mains et pousse la porte de l’enfer.

Waouh. Si on m’avait dit qu’on se la coulait douce dans un tel bureau quand on psychote… Je me demande si finalement je ne devrais pas laisser tomber mon beau pompier pour un ténébreux recruteur.

Et là, le choc. La personne qui se tient devant moi est indéniablement… une femme. Je dois bien avouer que je ne m’y attendais pas à celle là. Une bombe ! Une fille sublime comme on en voit rarement. Ou plutôt si, comme on en voit tout le temps. Trop souvent même. Mais d’habitude c’est plutôt dans des magazines et on appelle ces petites bêtes là des mannequins. Et sûrement pas des « psychologues sociaux du travail spécialisés dans le recrutement ». Sublime et intelligente donc. J’en suis à ce point de ma réflexion lorsque je me rends compte qu’elle me fixe de ses yeux bleu océan et me sert son sourire email diamant. Elle s’avance vers moi et me fait signe de m’asseoir. Elle commence à me poser des questions auquel j’ai l’impression de répondre à côté et ça m’agace. D’ailleurs, ses questions aussi m’agacent, elles sont un petit peu trop intimes je trouve. Est-ce que je lui demande, moi, ce qu’ils font comme job ses parents ? Tiens, d’ailleurs, si, je le lui demande, y’a pas de raisons, mais ça n’a pas l’air de lui plaire. Je me répète en boucle dans ma tête les conseils de mon meilleur ami : « Garde ton sang froid, garde ton sang froid… ». Mais rien à faire, je sens bien que je m’échauffe. La recruteuse, elle, est très calme. Elle me regarde d’un air dubitatif et croise ses jambes d’1m20 sur son parfait fauteuil de cuir. Et là, le choc. Enfin, le deuxième choc. Ses sublimes mollets sont délicieusement enlacés dans ses bottes Dolce et Gabbana hors de prix que je cherche partout depuis plus d’un mois. C’est à ce moment-là que j’ai craquée, je me suis jetée sur elle comme une furie.

Après ça, le trou noir, impossible de me rappeler ce qu’il s’est passé. On m’a bien dit qu’il avait fallu toute la force de la secrétaire et du candidat suivant pour me retenir mais rien à faire, mes souvenirs ne veulent pas revenir. Bon, bien sûr je n’ai pas eu le poste mais lorsque Pétronille a compris les raisons de mon accès de folie, en bonne fashionista qu’elle est, elle m’a tout de suite pardonnée et depuis nous sommes très bonnes amies. Mais oui, vous savez bien, Pétronille, la sublime recruteuse. C’est quand elle m’a dit son prénom que j’ai compris qu’il y avait une justice dans la vie. Finalement, on ne peut pas tout avoir.